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Portrait : « 2022 Année internationale du verre »


Jonathan AUSSERESSE
– Verrier fondeur par fusion –

Quels sont votre formation et votre parcours ?

J’ai eu la chance de grandir dans un atelier de verrier, mon père étant vitrailliste. Il avait pour particularité de colorer ses verres lui-même : c’est surtout cet aspect technique de l’émaillage qui m’a attiré dans son travail. Persuadé de vouloir lier ma vie avec cette matière, j’ai dirigé mes études vers un Bac arts appliqués en 2012, conscient de l’importance d’une vision architecturale et d’une culture de l’art décoratif. L’École nationale du verre m’ouvre ensuite ses portes pour obtenir successivement un CAP en décoration sur verre puis un DMA en décor architectural verre & cristal. Ce fût pour moi l’occasion de confronter mon projet aux professionnels et de progresser techniquement en obtenant le titre de Meilleur apprenti de France décorateur sur verre. À la fin de mes études, j’ai créé mon entreprise à destination des professionnels, auxquels je proposais du verre émaillé pour la décoration d’intérieur : mobilier d’art, cloisons de séparation, plateaux… L’aspect collaboratif avec les artisans d’art et les architectes me passionne, mais très rapidement l’envie de développer mon propre univers prend le dessus. Aujourd’hui je me consacre entièrement à la réalisation de mes créations et tente de proposer une vision différente du verre avec tout ce qui fait mon identité de créateur.

Pourquoi avez-vous choisi de travailler ce matériau ? Qu’est-ce qui vous plaît dans le verre ?

Je ne crois pas avoir « choisi » de travailler le verre, cela s’est fait tellement naturellement… Ce n’est pas non plus une matière qui s’est « imposée » à moi, puisque je n’ai pas le sentiment d’être dans la confrontation, mais plutôt dans le dialogue. Je pense que lorsqu’on grandit dans un atelier familial, peu importe la matière, on crée naturellement une affinité avec cette matière au sens physiologique : les souvenirs d’enfance que sont les bruits, les odeurs, les vibrations nous construisent et font partie de nous à jamais.

On pourrait passer du temps à citer toutes les caractéristiques techniques et esthétiques du verre qui m’intéressent et que je souhaite travailler mais, à mon sens, là n’est pas l’essentiel. Ce qui me plait dans le verre c’est la diversité des approches possibles et le rapport à la science de la matière. Depuis quelques années, je me lie d’amitié avec des scientifiques du CNRS qui étudient le verre et les échanges sont absolument passionnants. Les prochaines collections seront d’ailleurs influencées par ces discussions.

 

Quelles sont les techniques que vous utilisez pour vos créations ?

Mon travail concentre souvent une pluralité de techniques, c’est d’ailleurs ce qui en fait l’intérêt d’après moi. Cependant il y a bien une technique maîtresse à l’atelier et dont je fais mon fer de lance, c’est celle de l’émaillage manuel. Procédé qui, de façon extrêmement primaire, consiste à saupoudrer de l’émail sur une feuille de verre. Ce savoir-faire, que j’ai développé au fil des années, s’associe régulièrement avec le thermocollage, le thermoformage ou encore le fusing, me permettant ainsi de construire en volume, d’apporter de la profondeur à mon travail. Tous ces procédés sont dépendants de la maîtrise de la cuisson qui peut durer de quelques heures à plusieurs semaines en fonction de l’épaisseur du verre.

Comme définiriez-vous votre démarche artistique ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Ma démarche artistique est totalement liée à la matière en elle-même. Avec la collection Fluence, je m’intéresse aux mouvements du verre en fusion. Le procédé que j’ai développé me permet de dessiner, de retranscrire graphiquement les mouvements d’écoulement dans la masse même du verre, dans sa profondeur. Ainsi, le verre garde en mémoire l’empreinte et la trajectoire de sa transformation à haute température. Le verre fige, capture pour l’éternité un mouvement lent, une onde, un flux. Le verre est serti sur une roche volcanique, à l’aspect brut et rugueux, qui contraste avec sa surface lisse et brillante. Cette pierre, venue des volcans d’Auvergne, propose également une réflexion sur les états de la matière : roche liquide, en fusion qui s’écoulait le long des pentes des volcans et qui s’est refroidie, durcit rapidement lors de sa redescente en température, tout comme le verre dans mon four. Un jeu virtuose où la forme liquide et la matière durcie se croisent et s’interpénètrent à l’infini.

Je n’ai pour source d’inspiration que la matière elle-même, toujours la matière. Je réserve dans chaque cuisson, un petit emplacement de mon four où je fais des essais, des petits tests qui peuvent sembler insignifiants et pourtant… C’est à partir de ces milliers d’échantillons que le processus créatif se réalise en moi.

Que vous a apporté la distinction « Lauréat du concours national Ateliers d’Art de France » ?

Ce concours m’a permis d’exposer au salon international Maison & Objet à Paris et de proposer ainsi mon travail aux professionnels du monde entier. Les retours furent extrêmement positifs : presse, commandes, galeries, boutiques venant du monde entier. Cela m’a permis de me conforter dans mon choix de devenir un créateur à part entière.

 

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© Frédéric Martin