La 12e édition du salon se tiendra du 8 au 11 novembre 2024.

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Portrait : « L’objet d’art au cœur d’une démarche écologique »


Ana MONTOYA
– Créations végétales pérennes –

Quels sont votre formation et parcours ?

Après des études d’anthropologie en Colombie, j’ai commencé à travailler avec des communautés indigènes de la région amazonienne dans un projet qui visait à fournir aux femmes un revenu stable grâce à leur artisanat. J’ai été attirée par leur travail textile et la manière dont ces communautés respectent le milieu naturel qui les entoure. Cette expérience m’a poussée à explorer les possibilités d’aborder ce type d’artisanat avec une perspective artistique. Après avoir déménagé à New York en 2004, j’ai eu l’occasion de me former à la technique du tissage. En 2009, j’ai fait des études d’art textile à l’Escola Massana de Barcelone, où j’ai progressivement trouvé un espace d’expression autour du métier à tisser. À travers mon travail de tissage, j’ai cherché à renouer avec la nature, et à ramener à l’intérieur ce que nous considérons à l’extérieur, afin de nous reconnecter avec les rythmes et les cycles naturels que nos modes de vie contemporains nous font ignorer.

Pourquoi avez-vous choisi de vous tourner vers la création végétale pérenne ?

Tout d’abord, je dois avouer qu’il m’a été difficile de définir mon travail via la seule dénomination de « création végétale ». Je travaille en effet majoritairement avec de la matière organique issue du monde végétal (mais pas seulement) et comme je veux qu’ils durent (et endurent) dans le temps, je n’utilise que des matières sèches (graines, écorce). C’est mon développement artistique autour du textile et l’idée de faire résonner le tissage avec la nature qui m’ont conduit à ce travail de création qu’on peut en effet définir comme végétal, même si je préfère le terme de création naturelle ou organique.

Quels sont les techniques et savoir-faire que vous utilisez dans votre travail ?

Je fais principalement du collage. Je sèche mes matériaux et je les congèle si nécessaire, puis je les organise et fixe via la technique du collage. Je travaille avec une gamme de matériaux très variés et je dois apprendre à traiter et à coller chacun d’entre eux en fonction de leurs caractéristiques.

Quels types de matériaux utilisez-vous pour vos créations ? Comment les choisissez-vous ?

Les matériaux sont vraiment les conducteurs de mon travail. Ils peuvent être d’origine animale comme les cocons de soie ou les oursins ; végétale comme les samares d’un arbre ou les écailles du fruit de tulipier ; ou minérale comme les coquilles d’œufs. Il s’agit de matériaux qui ont achevé leur fonction naturelle et qui sont
« caduques ». Mais même caduque, un morceau d’écorce tombé à terre peut reprendre vie dans un processus artistique, indépendamment de sa fonction originale.

Comment votre travail s’inscrit-il dans une démarche écologique ?

J’utilise l’art comme un outil pour communiquer mon intérêt pour les problèmes et les situations environnementales. À travers mon travail, je cherche à faire prendre conscience des cycles naturels que je vois dans ma vie de tous les jours et que parfois, à cause des rythmes d’aujourd’hui, nous avons tendance à ignorer. Mon inspiration est la nature et les matériaux qu’elle fournit. Il y a de la beauté dans une écorce tombée au sol car, en plus d’être une trace vivante, elle indique à la fois le début et la fin d’un cycle de maturation.

Depuis quand vivez-vous en France et pourquoi avez-vous choisi de vous y installer pour exercer votre métier ?

Je vis en France depuis 2012. Je suis arrivée à Marseille avec ma famille parce que c’était un endroit avec une belle lumière et des hivers peu rigoureux, ce qui est important pour ma santé mentale. C’était aussi un endroit où il y avait un travail intéressant pour mon conjoint.

Quels sont les savoir-faire et influences colombiens que vous intégrez dans votre travail ?

Comme je l’ai dit au début, j’ai été très influencée et inspirée par l’artisanat des peuples indigènes de la région amazonienne en Colombie. Ce n’était pas tant l’artisanat lui-même que la façon dont ils l’abordaient. J’ai admiré leur respect pour les matériaux que la nature leur fournit, ainsi que la manière dont ces métiers étaient intégrés dans leur vie quotidienne.

Comme définiriez-vous votre démarche artistique ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?

À travers mon travail, je cherche à sensibiliser aux cycles naturels que je vois dans ma vie quotidienne et que parfois, à cause des rythmes d’aujourd’hui, nous avons tendance à ignorer.

Mon inspiration est la nature et les matériaux qu’elle fournit. Mon processus peut commencer par une randonnée dans le parc des Calanques à Marseille ou dans les montagnes de Colombie où je récupère les matériaux qui sont à la fin de leur cycle naturel. Ce processus peut aussi commencer dans ma cuisine lorsque je récupère des coquilles d’œufs. Le travail continue dans mon atelier où j’observe leur texture, formes, couleurs pour ensuite créer des compositions qui nous rappellent les cycles et rythmes naturels.

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