L’édition 2021 se déroulera sur 5 jours au lieu de 4 habituellement. Rendez-vous du jeudi 11 au lundi 15 novembre. 

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« Métiers d’art & innovations technologiques »

Quels sont votre formation et parcours respectifs ?

Jason et Laure ont tous les deux suivi un cursus scientifique. Pour Jason c’est un doctorat en chimie et en informatique, et pour Laure un master en biologie. Passionné de sculpture et de peinture, Jason a fréquenté plusieurs ateliers et écoles d’arts et en 2014, lors d’une reconversion professionnelle, il a suivi une formation intensive en modelage et en céramique pour acquérir les bases du métier. Laure, qui partage la même passion pour les métiers d’art, a suivi de nombreuses formations de restauration en céramique et de dorure.

Quand et comment est né votre binôme ?

En 2016 Laure et Jason décident de mettre leurs complémentarités au service de leur passion artistique et créent leur propre atelier de sculpture et de céramique. Jason a créé et exposé plusieurs sculptures dans différents salons. Plus récemment, en utilisant les nouvelles technologies numériques, Ils ont commencé à explorer la création de nouvelles formes d’objets où se rejoignent l’art et l’utilitaire, toute en respectant les techniques traditionnelles ancestrales et notamment les cuissons RAKU.

Comment fonctionne votre binôme et comment se traduit votre complémentarité dans votre travail ?

Leur complémentarité dans le processus de la production artistique et dans les compétences et talents qu’ils possèdent, renforcée par la complicité de leurs personnalités, leur permet de travailler et de créer ensemble. Jason, avec son imaginaire en ébullition permanente, s’exprime et s’épanouit dans la création alors que Laure apporte l’élégance indispensable à la finition des objets   avec son délicat travail d’émaillage. Leur ligne d’objets de décoration céramique, vases « Théorème » et les sculptures « Anémones » illustrent à merveille cette création à 4 mains.

Pourquoi avoir changé de voie ? Quel a été le déclic ?

Jason : L’art et les métiers d’art m’ont toujours passionné. De formation scientifique (chimie et informatique), j’ai effectué ma carrière pendant plus de 30 ans au sein d’entreprises innovantes spécialisées dans le développement des outils informatiques au service de la recherche du médicament.  L’occasion d’une reconversion s’est présentée en 2014 lorsque la société où je travaillais a été liquidée. C’était pour moi le moment de concrétiser mon vœu de me lancer à plein temps dans cette activité artistique qui occupait déjà la majorité de mon temps libre.

Laure : Pour ma part, tout au long de ma vie professionnelle, j’ai toujours eu la chance de pouvoir suivre mes inspirations du moment. J’ai débuté ma carrière dans l’industrie pharmaceutique puis je me suis tournée vers l’agencement et la décoration intérieure, pour aujourd’hui me consacrer à la céramique avec mon époux et aux soins énergétiques.  Le travail de la terre me relie à la nature et plus particulièrement ce travail à quatre mains qui concrétise l’harmonie que je recherche dans ma vie au quotidien.

Quelles ont été les motivations à votre choix de changement ? Pourquoi avez-vous choisi le métier de céramiste ?

Jason : L’envie de m’exprimer. La curiosité d’apprendre, d’explorer et de comprendre le sens de l’expression plastique et artistique. La peinture et la sculpture ont été mes premiers modes d’expression. La sculpture m’a conduit au modelage de la terre et à l’apprentissage de la céramique (cuissons, émaillage, engobes etc.). Je continue mon travail de sculpteur parallèlement à notre production de céramique sous l’enseigne ELEGIE.

Laure : Pour moi la céramique répond magnifiquement à ma recherche d’esthétisme qui permet de créer de beaux objets qui pourront devenir des compagnons familiers du quotidien.

Avez-vous rencontré des obstacles à ce changement ?

Au-delà de l’apprentissage d’un métier (formation dans de nombreux ateliers), la difficulté majeure est la professionnalisation du métier d’artisan-artiste. Création d’un réseau, visibilité, circuit de vente…. Nous avons eu la chance de nous faire accompagner par une céramiste établie (Geneviève Chevallier) qui nous a conseillés et nous a en particulier introduits aux techniques du RAKU. Nous avons également dû déménager pour avoir un atelier et investi dans l’équipement nécessaire (fours, imprimantes 3D, etc.). Une reconversion se prépare et demande beaucoup d’énergie : mentale et matérielle.

Pourquoi avoir choisi de vous tourner vers l’utilisation des technologies numériques ?

Le numérique et l’utilisation de nouvelles technologies informatiques dans le domaine de la science ont fait partie du travail de Jason pendant des années. Très tôt, il a réalisé l’importance et l’apport de ces nouvelles technologies, et en particulier de la modélisation des objets en 3D, au processus créatif et innovant des chercheurs.

C’est ainsi tout naturellement qu’il s’est intéressé au développement de premiers outils numériques et technologiques dédiés aux métiers d’art et plus spécifiquement à la sculpture et au modelage. L’idée d’utiliser ces outils était en gestation depuis longtemps mais les imprimantes 3D utilisant des matériaux tels que l’argile n’étaient pas courantes. La récente apparition de ces imprimantes lui a permis de concrétiser son projet.

   

Qu’apportent-elles à votre travail ?

Une vision nouvelle de la céramique contemporaine : « céramique morphologique » ou « céramique assistée par ordinateur ». Des nouvelles formes innovantes. La possibilité de traiter l’intérieur et l’extérieur d’un objet, d’imaginer des objets difficiles ou impossibles à réaliser à la main, de créer des structures/objets que l’on n’a jamais vus et qui n’ont jamais existé auparavant. Ces nouvelles technologies stimulent et déplacent les limites de l’imagination, remplacent certains outils traditionnels, comme les moules qu’on utilise pour la reproduction de certains éléments ou d’objets entiers, par des outils nouveaux (imprimantes 3D). Elles accélèrent l’expérimentation de nouvelles formes et la création de nouvelles structures en explorant des algorithmes et des fonctions mathématiques. Elles permettent de tester la résistance et la plasticité des matériaux (grès, faïences, etc…), et d’étendre les aspects morphologiques et plastiques des sculptures.

Comment combinez-vous vos savoir-faire traditionnels avec les innovations technologiques ?

Le numérique est juste un outil. Au même titre que le tour du potier, il aide et assiste le céramiste dans son travail et sa démarche artistique. En tant qu’outil, il offre des possibilités presque illimitées. Il permet d’explorer de nouvelles formes et de nouvelles textures et déplacer les horizons de la créativité. Comme pour toute nouvelle technologie Il y a un travail de recherche et d’expérimentation pour comprendre comment ces nouveaux outils peuvent contribuer à la création d’une céramique contemporaine, quelles sont les limites des algorithmes, quelles sont les capacités des imprimantes 3D. Comment peuvent-ils assister le céramiste/artiste dans sa démarche ? Quel sens et quelles innovations artistiques peut-on espérer ? Comment combiner les techniques traditionnelles (en particulier le RAKU) avec des objets aux formes plus modernes.

Quelle est la part et l’importance de chacun dans vos créations ?

Le numérique est important dans la conception d’un objet, d’une structure. La rapidité de création et de visualisation permet d’affiner et d’optimiser les structures intéressantes. L’utilisation d’algorithmes et des fonctions mathématiques permettent avec les modifications des paramètres d’imaginer et générer des familles d’objets. C’est presque sans limites.

La part et la contribution de ces technologies varient selon les étapes de création. L’imagination, la conception d’une forme, la réflexion, qui englobe aussi les aspects scientifiques (équations mathématiques, modèles mathématiques) constituent la première étape du processus créatif et sont pour nous les plus importantes. Ensuite la réalisation fait appel en effet à des techniques et des technologies qui apportent une aide importante au créateur. Les finitions, cuissons, émaillages, enfumage RAKU font appel aux compétences-métier du céramiste nécessitant une bonne maîtrise du geste.

La combinaison du numérique et du traditionnel déplace les frontières de la céramique. Un objet fabriqué à l’aide de l’imprimante, et traité ensuite par la technique du RAKU

Comme définiriez-vous votre démarche artistique ? Quelles sont vos sources d’inspiration ?

Jason travaille beaucoup sur le principe de la dualité et de l’opposition. Les formes qu’il crée sont le résultat de cette recherche : organique/inorganique, réel/fantastique, figuratif/abstrait. La mer, les mythologies, la symbolique forte de certains objets, sont des sources d’inspiration inépuisables, tout comme les métamorphoses et l’hybridation des êtres et la genèse des formes dans des structures abstraites et biomorphiques. Cette recherche est incarnée dans la série « Anémones » : une nature animale qui se transforme en structure minérale tout en ayant un aspect végétal. La passion pour les arts décoratifs qui les animent tous deux est également source d’inspiration et les collections de vases, où le moteur principal est ancré dans l’innovation des formes, en sont la preuve.

 

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Élégie, sculpteurs céramistes