Portraits de createurs 2019

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PORTRAIT DE CRÉATEUR 

« Collaboration & écologie »

 [ COLLECTIF DEUX MAUVAISES HERBES, CRÉATRICES TEXTILES ]

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 ANNE FONTAIMPE /  JULIETTE VERGNE

Atelier : Moulins, France / Atelier : Mulhouse, France

Site : annefontaimpe.com / Site : juliettevergne.com

 

> Comment est née cette collaboration et pourquoi ce duo ?

Anne et moi nous sommes rencontrées au salon résonance[s] en 2014 où nous exposions toutes les deux pour la première fois. Nous avons mutuellement flashé sur nos univers respectifs et nous partageons un goût pour le même medium : le textile. Après plusieurs expositions côte à côte nous nous sommes senties frustrées et avons eu envie de créer ensemble.

Cela fait longtemps que l’idée nous trotte dans la tête de créer des pièces à 4 mains, cette année nous avons décidé de nous lancer. Le salon résonance[s] nous a semblé une évidence pour présenter notre première collection en tant que duo « Deux Mauvaises Herbes ».

> Au vu de la distance géographique entre vos ateliers respectifs,comment gérez-vous cette collaboration ?

Pour l’instant nous avons établi un planning de travail où nous faisons des workshops dans l’atelier de chacune à tour de rôle. Nous mettons l’accent sur nos spécialités, teinture végétale à Mulhouse et impression textile à Moulins. Chaque rencontre se conclut par la création d’un nouvel objet.

> Pourriez-vous décrire vos démarches artistiques et univers respectifs ?

MauvaisesHerbes FONTAIMPE Fontaimpe1Anne // En quête de nouvelles créations, j’explore les multiples possibilités du tissu à travers des sujets singuliers. Dans mon atelier, je construis ainsi de nouvelles représentations où l’objectivité compte autant que l’interprétation, me saisissant de paysages délaissés pour les réinvestir par la délicatesse de la couture et la grande liberté graphique qu’offre la sérigraphie. Mes motifs sérigraphiés, à mi-chemin entre une géométrie abstraite et un imaginaire débridé, habitent régulièrement mes tissus. Certaines créations font appel à une broderie manuelle comme un outil graphique. Le fil cousu devient trait de crayon et accompagne naturellement mes paysages textiles. De nouveaux univers s’offrent à nous, laissant place à une rêverie. Les objets qui découlent de ma démarche cherchent par ailleurs à se glisser dans notre quotidien de manière aussi harmonieuse qu’inattendue. J’avance avec un goût évident pour l’expérimentation, considérant les arts textiles comme une source poétique, créative et expressive.

MauvaisesHerbes VERGNEAleman 4 BD

 

 

Juliette // Je suis artisan designer textile, j’ai lancé en 2013 ma griffe éponyme fabriquée dans mon atelier à Mulhouse. Dans mon approche du textile, je souhaite revaloriser les techniques anciennes telles que la teinture naturelle, l‘impression en les hybridant avec mon univers contemporain. Autour de mes casseroles, je cuisine des recettes ancestrales, je recompose le hasard. Mon atelier est un laboratoire, où le tissu s’immerge dans la couleur, passe de bain en bain. J’aime la simplicité d’un dessin graphique imprimé sur une belle matière teintée, faisant la part belle aux petits défauts, à la trace de la main ou encore à l’accident. L’outil est le médium et le message. Je créé par ces recettes des collections de foulards haut de gamme, de tissus et d’objets textiles réalisés artisanalement en France.

 

> Que vous apportez-vous l’une à l’autre et comment se traduit cette complémentarité dans votre travail ?

En tant qu’artisans d’art nous sommes habituées à travailler de façon monacale dans nos ateliers respectifs. Cette nouvelle manière de travailler, de mettre en commun, d’échanger à deux cerveaux et quatre mains est très stimulante et nous sort de notre quotidien. C’est une effervescence qui nous dynamise.

> Pourquoi avez-vous eu le désir d’inclure la notion d’écologie dans votre travail ? Comment se traduit-elle et comment évolue-t-elle ?

Nous essayons de travailler au maximum avec des acteurs locaux du textile, par exemple avec des tisseurs et fournisseurs français. C’est un secteur en crise qui a beaucoup souffert et qui a besoin de soutien. Il faut s’impliquer dans notre manière de consommer surtout en tant que designer. Nous cherchons la qualité, la proximité et la revalorisation des savoir-faire qui sont en danger. Nous voulons proposer des produits de qualité. Cela se manifeste dans notre pratique par l’emploi de la teinture végétale, l’impression avec des encres sans solvants oeko-tex sur de belles matières : lin français, coton bio tissé dans les Vosges, papier fabriqué en Alsace.

>Considérez-vous les métiers d’art comme acteurs du développement durable ? Pourquoi ?

Les métiers d’art sont représentatifs d’une nouvelle manière de consommer et de produire. Les objets sont de qualité et faits pour durer. Les artisans d’art sont habités par le désir de créer de beaux objets et de le transmette. Quand quelqu’un a acquis une pièce, il va la choyer, la conserver pour la faire durer et aura certainement envie de la transmettre. Les métiers d’art portent des valeurs humaines et humanistes.

> Quels sont vos futurs projets pour votre collaboration ?

Nous souhaitons pérenniser cette expérience et que Deux Mauvaises Herbes deviennent une entité créative à part entière. Nous sommes désireuses de développer davantage nos créations et de pouvoir les montrer dans différentes structures.